un « cauchemar » à Valence expose les limites de Lille

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Les Lillois ont sombré dans les dix dernières minutes.
Les Lillois ont sombré dans les dix dernières minutes. Alberto Saiz / AP

« Pour ceux qui veulent se découvrir, Valence, plaque tournante de l’anti-tourisme, est un havre prédestiné et un lieu caché. » En inscrivant ces mots dans son carnet de voyage, en 1975, le critique britannique de théâtre Kenneth Tynan n’imaginait pas l’évolution qu’aurait la cité quelques décennies plus tard. Aujourd’hui centre touristique couru, Valence n’a plus rien du havre caché. Et les Lillois, en quête d’un lieu loin de leurs bases où ils pourraient se retrouver, ont fait les frais de cette réalité, mardi 5 novembre. Renversés par les Valenciens, après avoir mené plus de quarante minutes (4-1), les coéquipiers de Mike Maignan font leurs adieux à la Ligue des champions, au bout de quatre matchs.

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Pourtant, les Dogues n’étaient pas venus en touristes sur la côte espagnole. Parvenus lundi après-midi dans la capitale levantine, les partenaires du défenseur Jose Fonte n’ont guère eu le loisir de s’égailler dans les ruelles de la vieille ville. Une manière pour Christophe Galtier de tenir la bride à ses jeunes pur-sang ? Plutôt de les protéger et de « privilégier la récupération ». Mais avant même l’entame de la partie érigée en « match le plus important de la saison » par les deux entraîneurs, Lille perdait un de ses principaux acteurs. Victime d’un accident lundi en venant à l’entraînement – un aquaplaning en raison de la pluie –, l’international français Jonathan Ikoné était mis sur la touche par son coach, « pour ne pas prendre de risques. »

Des risques, les Lillois en ont pris pour éviter la sortie de route. Eux qui frôlent le zéro pointé cette année loin de leur stade entament la partie en récitant leurs gammes. Passes redoublées, décalages trouvés, agressivité ; portés par un Soumaré percutant au milieu du terrain, ils empêchent totalement Valence de déployer son jeu. Et sur une passe de Parejo contrée par André, Victor Osimhen s’engouffre entre deux défenseurs qui ne le revoient plus. Le buteur nigérian ouvre la marque, son premier but à l’extérieur sous le maillot lillois (25e).

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Yacizi manque l’occasion d’aggraver la marque

« Lille a fait une première période très impressionnante, en imposant un rythme soutenu et un pressing bien mené », a salué Albert Celades, l’entraîneur des Murcielago. Car les hommes de Galtier auraient même pu doubler la mise, mais ont manqué de précision. Et à l’approche de la mi-temps, Valence s’est rebiffée, faisant briller le portier français Maignan.

Multipliant les assauts et monopolisant la balle, les partenaires du Français Kondogbia, très juste, ont forcé les Lillois à reculer. Pour mieux contre-attaquer, pouvaient-ils espérer. Dix minutes après la reprise, au terme d’un nouveau numéro de funambule, Osimhen jouait collectif, et servait idéalement Yusuf Yacizi face au but. Las, l’international Turc manquait l’occasion d’aggraver la marque. « Il faut être décisif dans les deux surfaces, a martelé Benjamin André après le match, et ce soir comme lors du match aller, on n’a pas su le faire. »

Car le calvaire lillois commençait à peine. A force de pousser, dans un stade ayant retrouvé sa voix – et provisoirement mis de côté son affrontement avec sa direction –, les Valenciens égalisent, sur un penalty – jugé sévère par les Lillois – de Parejo (1-1, 66e). Décidé à l’emporter – un nul n’aurait pas arrangé leurs affaires –, Galtier opte pour des changements offensifs. « Et c’est devenu un cauchemar », souffle le technicien français. A égalité jusqu’à la 81e minute, Lille s’effondre, multiplie les erreurs défensives, et encaisse trois buts (Soumaoro, contre son camp, 82e, Kondogbia, 84e, et Torres, 90e). Une addition très lourde au vu de la partie.

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Le péril du modèle jeune

Mais au jeu du club « formateur-de-jeunes-talents-pour-mieux-les-vendre », si quelques Lillois ont dû taper dans l’œil des observateurs – à commencer par Boubakary Soumaré, très propre au milieu –, c’est Valence qui l’emporte à la fin. Et Ferran Torres, le gamin du cru entré en cours de jeu, a symboliquement conclu la marque.

Christophe Galtier ne s’en cache pas : « Nos limites, c’est l’expérience. » Le modèle de développement de très jeunes joueurs, porté par le président Gérard Lopez, implique du temps pour polir ces gemmes brutes. Or, en Ligue des champions, le temps file. Venir « pour apprendre », c’est risquer de repartir sans autre forme de procès. « Zeki Celik, il y a dix-huit mois, il jouait en Ligue 2 turque, a rappelé l’entraîneur français, défendant son latéral turc, très en dedans mardi soir. J’ai à disposition de très bons jeunes joueurs, mais en Ligue des champions, la moindre erreur se paie en buts. » Et l’addition est vite salée. Les Dogues auront deux matchs de plus pour « gagner en expérience » (un déplacement à Chelsea et la réception de l’Ajax d’Amsterdam), avant de retrouver pour de bon la Ligue 1.

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Un championnat où il leur faudra résoudre une autre équation : comment guérir leur mal des voyages ? S’ils développent leur jeu comme ils l’ont fait lors de la première période à Mestalla, les Lillois pourraient rapidement cesser d’être « la pire équipe de France à l’extérieur ». Toujours est-il que mardi, ils ont été pesés, ils ont été mesurés, et la Ligue des champions les a jugés trop justes.

Ligue des champions : le réveil lyonnais face au Benfica (3-1)

La joie des joueurs de l’OL, à domicile, mardi 5 novembre.
La joie des joueurs de l’OL, à domicile, mardi 5 novembre. Laurent Cipriani / AP

Après son revers frustrant de l’aller à Lisbonne (2-1) – à cause d’une boulette du gardien Anthony Lopes –, Lyon a remis les choses en place en dominant le Benfica (3-1) mardi 5 novembre, et s’est replacé dans le droit chemin vers la qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions.

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Les joueurs de Rudi Garcia ont rapidement ouvert la marque par le jeune défenseur danois Joachim Andersen (4e). Après un superbe travail d’Aouar, Memphis Depay (33e), déjà double buteur en Ligue 1 ce week-end, a corsé l’affaire pour inscrire son quatrième but en quatre matches de C1. Bertrand Traoré, très discuté, a répondu en inscrivant le troisième but (89e).

« Je suis satisfait du résultat car il nous fallait récupérer les points perdus à Benfica que nous pouvions écarter en gagnant. Le résultat de Leipzig au Zenit (victoire 2-0) cela peut nous ouvrir les portes de la qualification sur le prochain match », s’est félicité Rudi Garcia, l’entraîneur lyonnais. Sur le plan comptable, il peut en effet se frotter les mains avec sept unités, son équipe est deuxième d’un groupe G abordable à deux longueurs de Leipzig et distance surtout de trois et quatre points le Zenit Saint-Pétersbourg et le Benfica.

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Quand on connaît la récente situation du club rhodanien, entre le limogeage de l’ancien coach, Sylvinho, et le catastrophique mois de septembre sans victoire, Garcia ne sera pas accusé de manquer d’ambition si son club termine les poules avec la deuxième place.