Société – La lutte contre le travail forcé et la servitude au Népal et en Thaïlande – OIT

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UN RECIT QUI DEMONTRE LA VIOLENCE DE LA SERVITUDE
De l’espoir et un futur plus prometteur pour un ancien travailleur en situation de servitude pour dettes au Népal

Des centaines d’anciens travailleurs en situation de servitude pour dettes vivant dans l’ouest du Népal bénéficient actuellement d’une formation professionnelle dispensée dans le cadre d’un programme innovant mis en place par l’OIT. Birendra Chaudhary, qui, aujourd’hui, gagne bien sa vie en tant que plombier qualifié, est l’un de ces anciens travailleurs libérés.

KATMANDOU, Népal (OIT Infos) – Birendra Chaudhary, 28 ans, originaire de l’ouest du Népal, est né dans une communauté qui, depuis des siècles, est piégée dans une situation de servitude pour dettes.

Dans les systèmes de travail forcé Kamaya et Haliya, les propriétaires concédaient aux familles des crédits qui leur permettaient tout juste de survivre, les forçant ainsi à travailler pour rembourser les emprunts qu’elles avaient contractés. Si ces deux systèmes ont été abolis dans les années 2000, de nombreux anciens travailleurs en situation de servitude pour dettes et leurs descendants n’en demeurent pas moins très vulnérables et continuent souvent d’être privés de terres arables et de possibilités de travail décent.
Après avoir quitté l’école à 19 ans, Birendra est allé travailler dans une usine agroalimentaire mais, quand l’usine a fermé, il a commencé à envisager d’aller travailler en Inde. Or, sa vie a pris un tout autre tournant lorsqu’un ami lui a parlé du projet Bridge de l’OIT, qui dispense une formation professionnelle à d’anciens travailleurs en situation de servitude pour dettes et à leur famille.

« L’histoire de Birandra montre que, grâce aux mesures de prévention, à l’appui aux moyens de subsistance et aux services juridiques, on a pu redonner espoir à d’anciennes victimes de la servitude pour dettes »

Narayan Prasad Bhattarai, coordinateur national des projets pour le projet Bridge
«L’objectif du projet Bridge de l’OIT au Népal est d’éliminer les systèmes de travail forcé traditionnels imposés par l’Etat et de réduire de manière significative les formes contemporaines de travail forcé, qui sont souvent associées à la traite des êtres humains», explique Narayan Prasad Bhattarai, coordinateur national des projets pour le projet Bridge. «L’histoire de Birandra montre que, grâce aux mesures de prévention, à l’appui aux moyens de subsistance et aux services juridiques, on a pu redonner espoir à d’anciennes victimes de la servitude pour dettes.»

Le Projet Bridge de l’OIT bénéficie de l’appui du ministère du Travail des Etats-Unis* , qui soutient le processus gouvernemental de réhabilitation destiné à améliorer les moyens de subsistance des victimes du système Haliya. Il intervient par le biais de quatre ONG opérant au Népal: la Fédération Rastriya Haliya Mukta Samaj Nepal (RHMSF-N), le Programme d’enseignement pour les enfants défavorisés (UCEP-Nepal), Rastriya Haliya Mukta Samaj Kanchapur (RHMS-Kanchanpur), et le Centre des ressources humaines de Bajura. Ces ONG participent au choix des familles bénéficiaires, leur dispensent une formation aux compétences et à l’employabilité, et les aident à trouver un emploi.

Birendra est l’un des 600 jeunes issus des communautés Haliya et Kamaiya à avoir bénéficié d’une formation intensive dans l’un des trois secteurs professionnels recommandés, à savoir la construction, l’agroforesterie et d’autres activités connexes.

Cela lui a permis d’obtenir un certificat du Conseil de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (COTVET), et il est devenu un plombier prospère. Birendra, qui exerce son nouvel emploi depuis six mois, gagne en moyenne 28 000 roupies népalaises (260 dollars E.-U.) par mois – soit beaucoup plus que ce qu’il pourrait gagner dans bien d’autres emplois informels. «Il m’arrive parfois de gagner 1 500 roupies (13 dollars E.-U.) de l’heure», explique Birendra.

«Mon certificat atteste de mon niveau de professionnalisme et me permet d’obtenir de nouveaux contrats. Il me donne aussi plus de latitude pour négocier les prix», ajoute-t-il. «Je demande à mes clients s’ils ont besoin d’une simple réparation rapide ou d’un conseil professionnel complet. En général, je suis plus convaincant lorsque j’explique que l’OIT, une Organisation du système des Nations Unies, a soutenu ma formation.»

Après seulement trois mois d’exercice, Birendra a gagné suffisamment d’argent pour acheter une mobylette d’occasion. «Je ne peux pas me permettre d’être en retard au travail. Les clients sont parfois très exigeants et pensent que je vais me précipiter chez eux dès qu’ils m’appellent. Si je n’arrive pas à temps chez le client, je perds des contrats, c’est pourquoi j’ai acheté une mobylette», explique-t-il.

Bhim Kaini, facilitateur du programme UCEP, explique que Birendra est un exemple pour de nombreux Népalais, car il a prouvé qu’il est possible de rester au Népal et d’y gagner décemment sa vie, sans être contraint de quitter le pays pour aller travailler à l’étranger, comme l’ont fait tant d’autres jeunes.

* Le présent article ne reflète pas nécessairement les prises de position ou politiques du ministère du Travail des Etats-Unis, et la mention de telle ou telle marque, tel ou tel produit commercial ou telle ou telle organisation n’implique de la part du gouvernement des Etats-Unis aucune appréciation favorable ou défavorable. Le financement est assuré par le ministère du Travail des Etats-Unis sous le numéro d’accord de coopération IL-27592-15-75-K-1 (Projet Bridge). L’intégralité des coûts du Projet Bridge, qui atteint un montant total de 14 395 138 dollars E.-U., est financée par des fonds fédéraux.

EN THAILANDE L’ACTION DE L’OIT DONNE DES RESULTATS TANGIBLES CONTRE LA TYRANNIE DU TRAVAIL FORCé

La contribution d’un protocole de l’OIT à la lutte contre le travail forcé dans la pêche thaïlandaise
Depuis que la Thaïlande a ratifié le Protocole (n° 29) de l’OIT à la convention sur le travail forcé de 2014, la situation des travailleurs de l’industrie des produits de la mer et de la pêche s’est améliorée. Le projet Ship to Shore Rights de l’OIT a aidé le gouvernement thaïlandais à mettre en place ces changements.

BANGKOK (OIT Infos) – Chith «Jed» Poth avait à peine 17 ans quand il a quitté le Cambodge pour venir travailler en Thaïlande, dans le secteur de la pêche, en 2007. A l’époque, les graves abus commis envers les travailleurs de l’industrie thaïlandaise de la pêche étaient ignorés ou négligés par les autorités. Ces abus prenaient la forme de retenues de salaire ou de confiscation des passeports – signes classiques alertant sur de possibles cas de travail forcé.

Cependant, la ratification en 2018 par la Thaïlande du Protocole (n° 29) à la convention sur le travail forcé – une première en Asie – a marqué un tournant majeur. La décision de ratifier la convention avait pour but d’envoyer un signal aux travailleurs, aux employeurs, aux principaux partenaires commerciaux et aux pays voisins, que la Thaïlande avait l’intention de rejoindre le mouvement mondial de lutte contre le travail forcé.

Les experts juridiques de l’OIT et le projet Ship to Shore Rights de l’OIT , financé par l’UE, ont fourni une analyse et un soutien technique considérable au gouvernement, aux employeurs et travailleurs thaïlandais lorsqu’ils débattaient de la ratification de la convention et sur la manière de combler les lacunes de la législation sur le travail forcé.
« Il y a eu une nette amélioration, la rémunération notamment est bien plus élevée et versée plus régulièrement. La charge de travail est maintenant mieux planifiée et nous avons davantage de temps de repos.»Chith Jed Poth
Les changements apportés à la Loi anti-traite de la Thaïlande étaient le fruit d’un débat tripartite qui a duré plusieurs mois. Les partenaires de l’OIT ont généralement convenu que – même si les décisions n’allaient pas dans leur sens – la politique est plus intelligente, plus efficace et plus complète quand les organisations de travailleurs et les employeurs participent au débat.

Jed affirme que sur son navire «les choses vont beaucoup mieux. Il y a eu une nette amélioration, la rémunération notamment est bien plus élevée et versée plus régulièrement. La charge de travail est maintenant mieux planifiée et nous avons davantage de temps de repos.»

Les nouveaux amendements sur le travail forcé, entraînés par la ratification par la Thaïlande du Protocole, peuvent faire beaucoup pour que les employeurs, les travailleurs, les inspecteurs du travail, les procureurs et les juges comprennent combien le problème est urgent, comment l’identifier et comment y mettre fin. Cependant, il reste des défis à relever, en particulier pour faire évoluer les pratiques des employeurs et les règles gouvernementales, et pour faire réellement appliquer les nouvelles règles.

«Par le passé, si nous étions malades ou blessés, nous ne pouvions aller à l’hôpital que si le skipper ou le propriétaire du navire nous y autorisaient. Maintenant, mes employeurs sont plus soucieux de notre santé et de notre bien-être et je peux me rendre à l’hôpital grâce à mon assurance sociale», explique Jed.

Ces améliorations sont présentes dans certains ports mais absentes dans d’autres. L’effort de syndicalisation baptisé Fishers Right Network (FRN – Réseau des droits des pêcheurs), soutenu par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), donne une raison d’espérer. Jed et plus d’un millier d’autres pêcheurs immigrés en Thaïlande ont maintenant une meilleure compréhension de leurs droits et travaillent ensemble à faire évoluer leur secteur. Cependant, la Thaïlande n’a pas encore ratifié les conventions fondamentales de l’OIT n° 87 et 98 et les lois empêchant les migrants de créer et de diriger des syndicats signifient que la plénitude des droits de ces travailleurs – et à travers eux l’éradication du travail forcé – n’est pas encore une réalité.