Tir intense à Bagdad après un accord pour mettre fin aux manifestations

11
Tir intense à Bagdad après un accord pour mettre fin aux manifestations


Le centre de Bagdad samedi ressemble à un champ de bataille où de violents tirs ont éclaté de la part de la police anti-émeute contre la foule de manifestants antigouvernementaux, après un accord conclu au plus haut niveau politique pour mettre fin au défi "par tous les moyens".

À Bassorah, trois manifestants ont été tués par des tirs réels par les forces de sécurité qui ont pourchassé des manifestants de plusieurs colonies de la ville et d'autres villes du sud du pays.

Dans la capitale irakienne, plusieurs manifestants blessés par balle se sont effondrés avant d'être transportés à touk-touk, petits véhicules qui jouent des ambulances improvisées, à l'entrée d'un tunnel souterrain menant à la place Tahrir, épicentre de la manifestation, selon les journalistes de l'AFP sur place .

Les forces de sécurité ont également chassé les manifestants de trois ponts situés près de la place Tahrir, où ils ont campé jour et nuit.

Lancée le 1 er octobre, la manifestation appelle au départ de toute la classe politique, inchangé depuis des années et considéré comme corrompu et incompétent. Un mouvement de désobéissance civile bloque pendant plusieurs jours les écoles, les administrations et les infrastructures.

L’intervention plus forte des forces de sécurité intervient après l’accord des principales forces politiques qui envisage de mettre fin aux manifestations, y compris par la force, le maintien du pouvoir et le "retour à une vie normale".

Cet accord fait craindre de nouvelles violences.

En fin d'après-midi sur la place Tahrir, un médecin a déclaré à l'AFP que "les forces de sécurité se rapprochent". "Nous entendons des munitions réelles."

– "C’est fini les manifestations" –

Dans les rues commerçantes du centre de la capitale transformées en champ de bataille, les manifestants crient: "Ils tirent à balles réelles!"

"Les forces de sécurité nous disent:" les manifestations sont terminées, tout le monde retourne au travail demain, mais des barricades ont été mises en place pour ne pas entrer à Tahrir, personne ne se rendra au travail demain, " un manifestant au milieu des coups de feu.

Selon des témoins, les forces de sécurité ont arrêté tous ceux qui tentaient de s'échapper dans les rues de la ville pétrolière.

Consciencié par les manifestants, le Premier ministre Adel Abdel Mahdi est désormais un consensus entre les partis et les hommes politiques. Ceux qui avaient le temps de partir, devant lesquels se tournait le chef polyvalent chiite Moqtada Sadr, notamment sous la pression de l'Iran voisin et de ses alliés à Bagdad.

Le président Barham Saleh et le Premier ministre, qui avaient cessé de se parler selon des responsables, se sont même présentés samedi.

Après plusieurs réunions ces derniers jours, les principales forces politiques ont convenu de réformes – loin des espoirs des manifestants qui souhaitent une nouvelle constitution. Mais, surtout, ils ont accepté de mettre fin au défi, non publié en raison de sa nature spontanée, ont déclaré à l'AFP deux hauts responsables sous le couvert de l'anonymat.

Premièrement, le général Qassem Soleimani, commandant des opérations extérieures de l'armée idéologique iranienne, a obtenu deux soutiens importants en faveur de M. Abdel Mahdi, a déclaré l'un des responsables. Celui de Moqtada Sadr et celui du fils du grand Ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité chiite d'Irak, Mohammed Reda Sistani.

– "Par tous les moyens" –

A partir de là, "les forces politiques ont accepté de garder M. Abdel Mahdi" et ont remis leur chèque en blanc pour "mettre fin aux manifestations par tous les moyens", a déclaré l'autre responsable.

Tir intense à Bagdad après un accord pour mettre fin aux manifestations


Ils ont "admis des réformes, notamment dans la lutte contre la corruption, et des amendements constitutionnels". Samedi, le Parlement a ouvert une nouvelle session, après avoir été longtemps paralysé par les divisions.

À la suite d'appels sur les réseaux sociaux, les Irakiens ont manifesté du 1er au 6 octobre pour exiger "la chute du régime". Le mouvement a ensuite été suspendu jusqu'au 24 octobre, date d'un grand pèlerinage chiite.

Près de 300 personnes, principalement des manifestants, ont été tuées et plus de 12 000 blessées, selon un rapport établi par l'AFP.

Pour les centaines de manifestants sur Tahrir, la coupure d’internet depuis le début de la semaine fait également craindre le pire. La première semaine d'octobre, dans un pays coupé du monde, 157 personnes sont mortes alors que des tireurs isolés déployés sur les toits semaient la terreur.

Plus d'un mois plus tard – et près de 140 morts de plus -, l'État a reconnu un recours "excessif" à la force par ses hommes mais s'est assuré qu'il ne serait toujours pas en mesure d'identifier ces tireurs.