International – En République Islamique d’Afghanistan, les années d’inégalité et de violence contre les femmes cèdent la place à un espoir fragile

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En République Islamique d’Afghanistan, les années d’inégalité et de violence contre les femmes cèdent la place à un espoir fragile

BAMYAN, Afghanistan – « Ma vie a été difficile. Je souffre depuis longtemps », a déclaré Khadija, originaire de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan. « Mon mari m’a souvent dit : Tu n’es pas capable de me donner un fils », se souvient-elle.

Elle a donné naissance à une fille, mais ce n’était pas assez pour lui – il a décidé de prendre une seconde épouse.

La préférence pour les fils est courante en Afghanistan, et dans de nombreuses cultures à travers le monde. Elle reflète l’extrême inégalité des sexes et le statut inférieur des femmes et des filles.

La plupart des femmes en Afghanistan ressentent une énorme pression pour avoir des fils. Certaines sont même confrontées à la violence ou à l’abandon si elles ne donnent pas naissance à des garçons.
Statut inférieur et violence

Khadija s’est sentie impuissante lorsque la nouvelle femme de son mari a donné naissance à un fils. Non seulement la seconde femme est devenue l’épouse « préférée », mais Khadija s’est sentie méprisée et rejetée par la famille de son mari.

Dès lors, les choses n’ont fait qu’empirer.

Lorsque le fils de son mari est devenu adolescent, il a commencé à abuser physiquement d’elle physiquement.

C’est alors qu’elle s’est adressée à un centre de protection familiale géré par l’UNFPA.

Khadija avait entendu parler de ce centre par d’autres femmes du village. Elle a eu le courage de s’y rendre avec sa mère.

La conseillère Abida Rahimi l’a accueillie et rassurée sur sa sécurité.

Khadija a pu recevoir de l’aide au-delà de sa seule situation familiale : des années de marginalisation l’ont rendue incapable de se faire soigner. Par conséquent, elle a été confrontée à des problèmes gastriques et pelviens chroniques, non traités. Grâce du centre de protection, elle a reçu des médicaments pour ces deux affections.

Khadija a également pu recevoir des conseils psychosociaux, et solliciter une aide juridique.

« En plus du traitement et du soutien psychosocial, qui ont réduit le stress lié à la violence qu’elle subissait en permanence, Khadija avait besoin de services juridiques », a expliqué Mme Rahimi.
Faire face aux sombres réalités

Khadija a pris confiance en elle grâce aux séances de conseil individuel, et elle a également participé à des séances de conseil familial.

Cependant, après mûre réflexion et par précaution pour sa vie, elle a décidé de ne pas porter plainte.

La loi afghane sur l’élimination de la violence contre les femmes stipule clairement que la violence basée sur le genre est un crime ; la justice, les poursuites et l’indemnisation sont des priorités essentielles du gouvernement. Mais transformer la politique en action s’avère difficile.

En Afghanistan, de nombreuses femmes choisissent de ne pas signaler ou poursuivre ces crimes, car cela peut avoir des répercussions pour elles et leur famille. Les plaintes pénales peuvent même dégénérer en conflit et en violence. Dans certains cas, les agresseurs ont menacé les femmes et leur famille suite à leur sortie du tribunal ou de la prison.

Par conséquent, les procédures judiciaires sont souvent considérées comme une solution à court terme pour mettre fin à la violence, plutôt que comme un moyen d’obtention de protection à long terme, ou de libération des abus.

« C’est un défi permanent », a noté Sulaf Mustafa, qui coordonne le programme de l’UNFPA visant à mettre fin à la violence basée sur le genre en Afghanistan. « Une approche holistique est nécessaire pour que les femmes et leurs familles se sentent assez en sécurité pour dénoncer la violence, et aient la certitude que lorsque la justice est rendue, il n’y a pas de répercussions. Ce n’est qu’alors que la société afghane pourra commencer à éliminer véritablement la violence contre les femmes ».
Une approche globale de la société

Khadija a fini par rentrer chez elle. Les abus ont cessé, mais l’atmosphère reste tendue. « Je suis impatiente de vivre une vie sans violence », a-t-elle déclaré à l’UNFPA.

En attendant, des milliers d’autres femmes sont confrontées à des risques similaires. Avec le soutien de la République de Corée, les centres de protection familiale de l’UNFPA ont servi plus de 10 600 victimes de violence basée sur le genre entre janvier et septembre de cette année.

« L’histoire de Khadija symbolise la détresse de nombreuses personnes. Cela démontre la nécessité d’une action commune pour lutter contre ce fléau », a expliqué Mme Mustafa.

Selon les experts, une solution durable doit inclure l’autonomisation des femmes et la garantie de leurs droits humains.

« Dans un contexte où les femmes n’ont pas beaucoup d’opportunités – voire aucune – elles n’ont souvent pas d’autre choix que de rester dans le foyer où elles subissent la violence. Elles ne rompent jamais le cycle, ne se libèrent pas. », a déclaré Mme Mustafa.