Ministère de la culture: un responsable incitant les femmes à uriner devant lui inculpé

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Dix ans après les premières accusations concernant son comportement pervers, un haut responsable du ministère de la Culture a été mis en accusation fin octobre, révèle ce jeudi Libération.

Fin mai, Le Canard enchaînait déjà les actions de cet homme, soupçonné d'avoir glissé des diurétiques dans les boissons des candidats lors des entretiens et les obligeant parfois à uriner devant lui.

"Administration de substances nocives", "agression sexuelle par une personne abusant de l'autorité conférée par sa fonction", "atteinte à la vie privée", "infraction au droit de la drogue" … la liste des faits dont il est accusé par la justice est longue. Après son inculpation, il a été placé sous contrôle judiciaire.

Une liste de 200 noms

Avant de rejoindre les ressources humaines de la rue de Valois, ce responsable, qui occupait le poste de directeur régional adjoint des affaires culturelles dans la région du Grand Est, a également photographié les jambes de plusieurs jeunes femmes.

C'est d'ailleurs ce sordide par lequel a précipité sa chute: en juin, alors qu'il est en réunion avec le sous-préfet de la Moselle, Christian N. est aperçu par un collègue photographiant son interlocuteur sous la table. Le témoin dénonce ses actes à ses supérieurs et la justice est saisie. Une enquête a été ouverte en janvier dernier.

Toutefois, le plaignant aurait un comportement similaire pendant près de 10 ans. Atteste une liste paralysante. De 2009 à 2018, lorsqu'il a été "retiré" dans "l'intérêt de son service" avant d'être licencié, le suspect a enregistré près de 200 noms, accompagnés de commentaires et de photos dans un fichier Excel. Il raconte de manière abrupte les réactions de jeunes femmes lorsque, victimes du diurétique qu'il leur fait absorber, elles n'ont d'autre choix que d'uriner, parfois devant lui.

Avec Libération, qui a recueilli plusieurs témoignages, ses victimes parlent d'un "traumatisme", ayant franchi la route de cet individu à la réputation, selon l'un d'entre eux, de "dragueur et coureur". C'est l'article canard enchaîné fin mai, qui aurait finalement poussé certaines de ses victimes à porter plainte, indique également le journal.

"J'ai uriné sur le sol, presque à ses pieds. J'étais humilié et j'ai honte", a déclaré l'un d'entre eux, se souvenant d'un entretien d'embauche avec Christian N., qui a malheureusement officié devant le Haut Conseil égalité entre les femmes et les hommes entre 2013 et 2015. "Au bout d'un moment, l'envie est trop forte, je demande une pause technique", glisse un autre de ces candidats. "J'ai baissé mon pantalon et ma culotte et j'ai uriné. En attendant, il tenait son manteau devant moi pour me cacher et me regarder au visage."

L'un d'entre eux a même été hospitalisé pendant quatre jours en raison d'une grave infection des voies urinaires.

"C'était compulsif"

"Je ne pensais pas que le diurétique pourrait causer des problèmes médicaux", tente de justifier la personne. Contacté par le journal, Christian N. assume une partie des faits, mais affirme n'avoir intoxiqué "que" "dix ou vingt" jeunes femmes. "J'aurais aimé que nous nous arrêtions auparavant. C'était compulsif, mais je ne voulais pas empoisonner ces femmes", dit-il.

Comment pouvait-il avoir été officier pendant si longtemps sans que ses dirigeants agissent contre lui? Une de ses victimes, cependant, assure que Libération a écrit deux lettres en 2016 à Fleur Pellerin et Audrey Azoulay, qui ont réussi à la tête du ministère cette année-là, à dénoncer ses actes. Les deux sont restés une lettre morte.