Contre "l'islamophobie", une marche à plusieurs vitesses

18

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dimanche contre l'islamophobie. Un rassemblement s'est déroulé sans bruit, sans cacher aucune gêne.

La manifestation contre l'islamophobie avait alimenté la controverse avant même qu'elle ne se déroule, elle continuera à susciter après. Depuis des jours maintenant, la classe politique débattait du sujet. Les points de tension sont nombreux depuis la publication de ce forum en Libération et Mediapart. La présence de certains initiateurs, à commencer par le CCIF, le comité Adama, l’union communiste libertaire, Marwan Muhammad pour son programme "The Muslims", ou l’imam Abu Anas Nader, a posé des problèmes aux chefs de parti. Ce dernier s’est finalement retiré de la liste des signataires après qu’une vidéo de lui faisant des remarques nauséabondes sur le viol conjugal ait été exhumée.

TÉMOIGNAGE >> "S'il y a de la stigmatisation, c'est contre la laïcité"

Ce dimanche, le rallye parisien s'est déroulé sans accroc pour la plupart des manifestants. Nous allons mettre de côté la brève apparition d'une femme aux seins nus avant le départ de la procession. Elle n’était pas une Femen, si l’on en croit les Femen, qui affirmaient alors n'avoir rien prévu pour cette journée de mobilisation. D'autres événements, cependant, ne peuvent pas cacher une forme de relance politique. Et qui, dans certains cas, a déjà de quoi faire revivre la controverse dans le pire des cas: cette photo de la sénatrice Esther Benbassa aux côtés d'une petite fille portant une étoile jaune et un croissant jaune soulève le malentendu, pour ne pas dire colère.

En tête, les principaux initiateurs: le maire de Saint-Denis Madjid Messaoudene, entouré de près par Yassine Bellatar, Maryam Pougetoux de Unef, ainsi que des élus de la banlieue parisienne ou Taha Bouhafs. Perché sur son camion, il criait sans cesse des slogans et des revendications à la foule. Au microphone, l'homme cite un à un les adversaires identifiés. Ils sont nombreux: Manuel Valls, Gilles Clavreul, Zineb El Rhazoui, Laurent BouvetChristophe Castaner, Jean-Michel Blanquer, Eric Zemmour, Emmanuel Macron, Jordan Bardella, Marine Le Pen, Marion Marechal-Le Pen, Mohamed Sifaoui ou tout le parti socialiste, qui a refusé de participer ce dimanche. "Toute la gauche est ici aujourd'hui, le PS n'est pas la gauche, répond à l'Express Madjid Messaoudene, l'un des organisateurs.Il prend encore un peu de distance avec les revendications du CCIF qui qualifiaient les lois concernant le voile à l'école et la interdiction de dissimulation du visage dans l'espace public. "Ce ne sont pas des lois liberticides, mais nous avons besoin d'une évaluation de ces lois", estime-t-il. Certains ont délibérément cherché à donner une couleur très politisée à des slogans, loin, loin de l'unité. et consensus prévalant dans d'autres marches contre la haine.

LIRE AUSSI >> Marche contre l'islamophobie: 13500 personnes ont marché dans le calme

Si les propos étaient ainsi souvent politisés, il fallait revenir un peu en arrière pour trouver les fonctionnaires ou les représentants élus des principaux partis politiques représentés. L'un d'entre eux, néanmoins, n'a pas l'intention de prendre de distance avec cette plateforme et ces "factures liberticides": Olivier Besancenot. "J'ai lu et signé cette plate-forme, je suis d'accord avec ce qui est écrit, c'est la première fois que je vois autant d'organisations unis contre l'islamophobie, et vous m'interrogez sur ce terme. nous ne sommes plus en sémantique et après des événements tels que Bayonne, une riposte est nécessaire. C'est pourquoi je suis ici. "Benoît Hamon, signataire de ce forum, a refusé cette semaine de répondre à nos demandes, il y était ce dimanche, à l'image de l'ancienne ministre Cécile Duflot.

Les partis étaient également représentés et la participation était débattue. Si François Ruffin, comme convenu, était absent, plusieurs sans méfiance dirigé par Jean-Luc Mélenchon accueilli par "le président de Mélenchon!" bien défilé. De même, lorsque Yannick Jadot et David Cormand se sont éloignés de certains signataires et de certaines affirmations écrites dans la célèbre tribune, les porte-parole Julien Bayou et Sandra Regol étaient présents "au nom du parti". Ont complété la liste des présents du communiste Ian Brossat, malgré les hésitations récemment exprimées par le chef du parti, Fabien Roussel. Tous ont développé le même argument: leur présence ne peut être mise en cause par ces organisations ou représentants ayant des idées opposées aux leurs. Et rappelons ensemble les précédents: la marche pour Mireille Knoll en présence de représentants de l'extrême droite, ou à celle en hommage à Charlieen 2015, "lorsque Viktor Orban défilera pour la première fois", aux côtés de (très nombreux) chefs d'État.

"Je n'avais ni piscine ni ballon de foot"

"Monsieur Jadot fait ce qu'il veut", a ajouté Esther Benbassa, "il a sa conscience, j'ai la mienne, je n'avais ni piscine ni football, il y a des choses plus importantes. Républicain et laïque, mais les gens sont stigmatisés à cause de leurs religion, nous ne pouvons pas tergiverser avec ça. "

Deux mondes ont défilé parallèlement ce dimanche. Derrière, ces politiciens qui ont pris soin évidemment de ne pas trop paraître avec les premiers signataires. En même temps, Marwan Muhammad crie contre les manifestants "Allahu Akbar". Un "message de paix", défend-il. "On dit Allahu Akbar parce qu'on est fier d'être musulman et d'être citoyen français et on en a marre que les médias fassent passer cette expression religieuse pour une déclaration de guerre."

Bilal et Abdelhakim, qui travaillent comme ingénieur et contrôleur de gestion, sont venus dénoncer aujourd'hui la "banalisation d'une vision négative de l'islam". Ils déplorent le traitement réservé par la presse aux débats sur le voile, ils veulent les médias qui n'ont pas donné la parole aux femmes voilées. "Nous ne demandons aucun traitement spécial", dit le second, "nous sommes ici pour demander que nous respections nos convictions, que nous ne nous regardions plus étrangement lorsque nous prenions le métro." Je vais à la mosquée, Je n'ai jamais été confronté à la radicalisation"Et le jeune homme à évacuer toute controverse concernant la présence de certains signataires – ou d'anciens signataires – ayant pu faire des remarques incompatibles avec la République." J'ai vu que c'étaient des propos tenus il y a plusieurs années. Il s'est excusé depuis. Qui n'a jamais commis d'erreur? Vous l'avez probablement déjà fait. C'est comme si on vous empêchait de redevenir journaliste si vous passiez à une interview. "Ou pas.

Au-delà de ces quelques invectives scandées au micro, la foule était dense et calme ce dimanche. "Dans les rues de Paris, les musulmans chantaient, laïcs nous vous aimons, vous devez nous protéger", a-t-elle chanté fort. 13 500 personnes défilent ce jour dans les rues de Paris, selon les calculs de la firme de recherche indépendante Occurrence. Beaucoup plus, selon les organisateurs, qui ont salué le succès de leur mobilisation et qui croient en un moment historique.