Blanquer « se donne du temps »

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Un rapport préconise de « sanctuariser » les réseaux les plus prioritaires et de confier la gestion de tous les autres aux recteurs d’académie

Par Publié aujourd’hui à 11h28, mis à jour à 12h00

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Ceux qui attendaient l’écriture d’un nouveau chapitre dans l’histoire de l’éducation prioritaire devront patienter encore. « La carte de l’éducation prioritaire ne changera pas avant la rentrée 2021 », a annoncé le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, en rendant public, mardi 5 novembre, le rapport commandé sur le sujet, il y a un an, à l’inspectrice générale Ariane Azéma et à l’universitaire Pierre Mathiot. « Nous nous donnons du temps », a insisté le ministre devant la presse ; le temps d’« une large concertation qui doit être interministérielle ».

Initialement annoncé au premier trimestre 2019 – pour une mise en œuvre à la rentrée 2020 –, le rapport « Mission territoires et réussite » semblait finalisé (ou presque) avant l’été. « Avec la crise du bac, il a semblé risqué d’ouvrir ce dossier », souffle une source bien informée. C’est désormais l’approche des élections municipales qui incite le ministre Blanquer à « jouer la prudence », disent les syndicats, sur un chantier sensible qui implique l’éducation nationale autant que les collectivités.

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Depuis plusieurs jours, déjà, le scénario dessiné par les deux rapporteurs a largement circulé : « sanctuariser » les 350 REP +, ces réseaux d’éducation les plus prioritaires qui concentrent les difficultés sociales et scolaires, mais confier la gestion de tous les autres (soit un peu plus de 700 réseaux REP) aux recteurs d’académie, plus proches de la réalité du terrain. « Une délabellisation qui ne dit pas son nom », redoutent déjà bon nombre d’acteurs de l’école, dont le SNUipp-FSU, premier syndicat au primaire, ou l’Observatoire des zones prioritaires. « La fin d’une prise en charge nationale et collective de l’éducation prioritaire », présage-t-on au SNES-FSU.

Question des primes

C’est un « changement de paradigme » qu’ont défendu, mercredi, Pierre Mathiot et Ariane Azéma. Une évolution allant au-delà des plans de relance successifs (en 1990, 1998, 2006, 2011 et 2014) connus par l’éducation prioritaire depuis sa création, en 1981.

La crise des « gilets jaunes » est passée par là. Les territoires ruraux – quasiment exclus de la carte initiale des ZEP transformées, sous la gauche, en REP – ont vu leurs difficultés propres reconnues. « Les oppositions centre-ville versus quartiers, métropoles versus périphéries, urbain versus rural sont dépassées », fait valoir M. Mathiot, en prônant « plus de souplesse ». « Face aux inégalités qui ne reculent pas, seule une politique de priorisation au plus près des besoins peut répondre à la réalité des difficultés des élèves dans tous les territoires », renchérit Mme Azéma.