France – Entretien avec Stephan Rossignol, maire de La Grande-Motte : ville au « patrimoine du XXième siècle » et pôle de la plaisance et du nautisme en Méditerranée.

41


Entretien avec Stephan Rossignol, maire de La Grande-Motte : ville au « patrimoine du XXième siècle » et pôle de la plaisance et du nautisme en Méditerranée.


Nous recevons Stephan Rossignol, maire de La Grande-Motte depuis 2008. Il nous parle de son combat pour cette ville balnéaire surgie des bords de mer il y a plus de 50 ans et qu’il voudrait projeter vers l’avenir.
Interview réalisée par Jean-François Puech, directeur de la rédaction de News Press

Vous êtes aujourd’hui maire de la Grande-Motte depuis 2008, c’est votre deuxième mandat. Quel a été votre parcours ?
Je suis né à Ganges, petite ville des Cévennes près de Montpellier. Après des études en DUT de gestion des entreprises et administration, je suis entré à l’université de droit de Montpellier, ai réalisé mon service militaire d’abord au camp de Canjuers où on est formé à la dure puis à Montpellier. A partir de 1986, j’ai assuré la direction d’une école de formation à Ganges. Je connais bien la Grande-Motte car j’y ai travaillé l’été lorsque j’étais étudiant comme pompier ainsi qu’au service de l’urbanisme car il y avait beaucoup de constructions à cette époque. De plus, je m’y rendais enfant avec mes parents car cette ville nouvelle qui s’édifiait était un évènement dans la région.
Dès la fin de mon lycée, je me suis engagé au RPR, puis après un parcours au sein de la région, j’ai été assistant parlementaire d’Eric Raoult député de Seine Saint Denis. Mais bien vite, je souhaite revenir à Montpellier.
Pourquoi votre « retour au pays » ?
Ma région de coeur m’appelle et j’y suis attaché comme chacun a des attaches auquel il tient. En 1989, j’ai la possibilité de rentrer au cabinet de Jacques Blanc président du conseil régional de Languedoc Roussillon et il me confie les relations extérieures de la Région.

C’est une mission qui m’a marquée parce que vous êtes obligé de vous battre pour un territoire. Nous sommes dans une concurrence territoriale au niveau national et international. Et il faut mettre en valeur les entreprises, démontrer nos capacités d’attraction des entreprises étrangères pour qu’elles s’installent chez nous, mobiliser les autres acteurs dans le domaine de la qualité de la vie, des universités, de la culture et pousser à l’étranger nos productions. Voici un exemple qui m’a passionné. L’un des points forts de la région ce sont nos vins qui étaient parfois peu où pas assez connus. Alors, nous sommes partis « à la conquête » de Québec au profit des vins du Languedoc Roussillon avec leurs négociants et viticulteurs. En effet, si à Québec on trouvait des vins d’autres régions de France, ceux de notre région étaient absents. Pour marquer l’arrivée de nos produits nous étions à la recherche d’un évènement culturel et sommes devenus partenaires du Festival de jazz de Montréal puis nos marques ont été introduites dans les commerces de cette nouvelle région du monde : une vraie réussite grâce à la volonté de tous.

Comment vous êtes vous engagé pour La Grande Motte cette nouvelle station balnéaire ?
Pendant toute ma jeunesse, j’ai eu l’occasion de venir à La Grande Motte. En 2000, il y a un tournant : je viens habiter à La Grande Motte et je veux être acteur de son développement. Alors, Je me présente aux municipales et avec l’aide d’une petite équipe j’entre au conseil municipal. Et c’est en 2008 que je suis élu à la tête de la ville.

Quelle est la situation de la station à votre arrivée ?
J’ai trouvé une ville aux équipements datant de 40 ans. L’équipement livré par la mission Racine (mission interministérielle d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon de 1963) n’avait pas été modifié ! les réseaux fluviaux, électriques, la voirie, etc. La ville était figée et vivait sur ses acquis. Tout était à rénover et refaire. Lors de mon premier mandat, j’ai appuyé mon action sur la rénovation de la voirie de centre-ville, sur le mobilier urbain et sur l’image de la ville pour l’améliorer car elle s’était beaucoup dégradée : nous avons créé la marque LGM et avons tenu chaque année une conférence de presse à Paris dans des lieux symboliques (Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Louvres, etc.) du patrimoine de notre pays.

Pourquoi ce choix ?
Parce que La Grande Motte est un patrimoine de notre pays. Le Ministère de la Culture lui a attribué le statut de « Patrimoine du XX ième siècle ».

Le fait exceptionnel de La Grande Motte ; c’est son architecture. Chez nous pas de barre, pas de littoral de béton et de voies de circulation au raz des plages.

Au contraire une architecture en relief avec des immeubles de formes variées que l’architecte a conçues avec une référence à la mer et aux régions du monde. Tout est pensé de façon harmonieuse jusqu’à des détails comme les postes des maîtres nageur sur les plages.

Si je dit « Le », c’est que la ville a été entièrement réalisée par un seul architecte, Jean Balladur, comme chandigarh en Inde par Le Corbusier, où Brasilia par Oscar Niemeyer.

IL FAUT LE DIRE : nous recevons chaque année des cabinets d’architectes du monde entier. Il faut bien qu’en France que l’on se rende compte que nous détenons une cité balnéaire unique. Elle constitue, je le redis un modèle de réussite de symbiose entre la création architecturale, l’organisation d’un territoire fait pour l’épanouissement et des distances avec un accès à tous les services, à taille humaine.

C’est la station balnéaire la plus verte d’Europe. Plus de 35.000 arbres ont été plantés et vous pouvez faire des promenades entièrement sous la verdure, un toit naturel. Aujourd’hui la mer bleue répond à une mer verte.

Vous parlez d’un essoufflement de La Grande Motte, quelle sont les solutions pour l’avenir ?

Oui la ville vit, principalement du tourisme et compte tenu de son occupation saisonnière à plein, en été seulement, une expansion de l’activité touristique est vraiment limitée. Nous avons 100.000 habitants en été et 9.000 résidents permanents. Nous ne pouvons pas en rester là et la ville doit redémarrer et pouvoir vivre toute l’année pour se développer.

Notre mission de changement de la ville est encadrée par la loi littoral et le PPRI (plan de prévention du risque inondation). Notre action s’est concentrée sur plusieurs points.

En premier lieu le port de plaisance. Fort de nos 1800 anneaux existants et des quelques 500 personnes en liste d’attente, nous souhaitons l’agrandir de 400 anneaux supplémentaires.
De plus, Nous souhaitons déplacer la zone technique – où sont les entreprises nautiques – aujourd’hui dégradée, la transférer sur la presqu’île de Baumel.
Enfin, nous voulons augmenter les capacités de logement et la taille des logements pour y installer des familles et faire venir des jeunes qui resteront dans la ville. Ce volet logement sera la dernière étape, vers 2024/2025. Notre projet est de faire de La Grande Motte une ville port.

Comme souvent, ce projet est il contesté ?
Nos opposants nous rétorquent que la ville doit continuer à vivre du tourisme. Ils ont en partie raison mais le tourisme n’est plus suffisant. Il faut changer de paradigme et miser aussi sur l’activité nautique qui fait rayonner La Grande Motte à l’international. Nous avons des entreprises qui conçoivent des catamarans d’exception et ces entreprises ont besoins d’espace. Notre salon nautique est remarqué. Le port de plaisance est au complet, et nous avons une demande constante pour le port de La Grande Motte.
Et point très important, La Grande Motte a été retenue par l’Etat et la Région au titre du Plan Littoral 21 qui est un plan de rénovation de l’immobilier de loisir des années 70, ce qui permet un soutien financier dans notre action.

Grâce à ce projet, nous aurons un développement de la population résidente, notamment jeune et familiale, une plus grande activité économique, une relance du tourisme, de nouvelles entreprises nautiques de nouveaux services pour la plaisance et sur toute l’année faisant de La Grande Motte un pôle du nautisme tout en demeurant ce qu’elle sera toujours une ville moderne; ce qu’elle a toujours été ; de la qualité de vie en bord de mer.
Mais, si nous ne bougeons pas La Grande Motte régressera à force de regarder dans le rétroviseur !

Vous représentez La Grande Motte au Comité des Régions de l’Union Européenne. Cette présence européenne est-elle importante ?

Le Comité des Régions de l’Union Européenne est une institution où siègent des élus des villes provinces, régions, et états fédérés de l’UE, provenant de l’ensemble des pays membres. C’est en quelque sorte le SENAT DE L’UNION EUROPEENNE. C’est passionnant pour moi et c’est un rayonnement pour la ville. Au sein de cette assemblée il est possible de faire des échanges d’expérience avec des élus d’autres pays, dont les collectivités ont des enjeux maritimes et touristiques.
Cette assemblée qui réunit des élus de terrain a un rôle démocratique fort. Elle travaille de plus en plus avec les députés européens pour préparer les textes qui seront votés au Parlement européen. Et ses propositions sont de plus en plus en plus écoutées, prises en compte par l’administration de Bruxelles et intégrées dans les lois européennes.

On a jamais eu autant besoin des hommes et des femmes qui se battent pour la vie quotidienne des européens !

Je voudrai conclure en affirmant haut et fort que La Grande Motte est une belle ville aux multiples capacités de développement, de renouvellement et de rayonnement. Et je souhaite qu’elle soit tournée vers l’avenir.

Quel sont les projets d’avenir ?
Les JO ! C’est Marseille qui accueillera les compétitions nautiques des JO. C’est un évènement sensationnel. Et dans ce cadre, nous sommes fiers d’avoir signé une convention Terres des Jeux avec le Comité d’Organisation des Jeux de 2024. Ainsi, nous avons l’ambition d’être une base arrière pour les équipes qui se prépareront aux compétitions Olympiques. Cela est dû au formidable potentiel nautique de La Grand Motte qui est ainsi une fois de plus reconnu au niveau n international.
Et je mettrai toute mon énergie pour le succès de notre ville, de notre station et de notre avenir à tous.