Trésorier d’entreprise, un métier en pleine mutation

38

« Et vous êtes dans quelle association ? » Voilà ce que s’entendent dire certains trésoriers à l’évocation de leur métier. La sentence prête à sourire, surtout si l’intéressé manipule les milliards d’euros de flux d’une multinationale. Plus prosaïquement, cela cristallise la méconnaissance qui entoure encore la fonction, tout du moins dans l’opinion publique.

Car 
dans l’entreprise, le trésorier a gagné ses galons

« S’étant aperçues que le manque de liquidités pouvait compromettre la pérennité d’une société, les directions générales et financières sollicitent davantage le trésorier, notamment pour se faire confirmer que leur stratégie est exécutable », observe Emmanuel Rapin, directeur de la trésorerie et du financement du groupe Lagardère et secrétaire général de l’AFTE.

Si le trésorier est plus exposé, c’est aussi parce que son expertise se révèle essentielle face à une complexification tous azimuts. Certains dispositifs se sont industrialisés. « Les fondamentaux comme la gestion des flux, de la trésorerie ou des placements n’ont pas disparu du quotidien du trésorier, mais ils sont passés au second plan, au profit de mécanismes comme le LBO, qui nécessitent un vrai travail de négociations avec les banques », pointe Aurélien Boucly, manager, division Finance & Comptabilité chez Robert Half France.

Le trésorier, garant de la conformité

L’évolution du cadre législatif contribue à l’hyperspécialisation du trésorier. Ce dernier est de plus en plus impliqué dans la mise en place de chaînes de vérification pour garantir que l’entreprise est en conformité avec des directives et règlements, de type DSP2 (sur les services de paiements), Emir (sur les produits dérivés), KYC (sur la vérification de l’identité), ce qui suppose de coopérer en interne avec différents départements.

Autre mouvement de fond supposant de 
nouveaux « hard » et « soft skills »

, l’accélération du processus d’internationalisation. « Un trésorier qui évolue dans un groupe comptant des filiales partout dans le monde doit être en mesure de jongler avec les devises et de négocier avec les banques étrangères », souligne Jalale Fraygui, responsable du pôle comptabilité-finance du cabinet de recrutement Hays.

Une mission en phase avec l’actualité

Outre l’accumulation de nouvelles tâches, le métier a aussi été affecté par la vague numérique… « Les nouvelles technologies transforment profondément nos trois principales missions, le cash management, le financement/placement et la maîtrise des risques, notamment en modifiant le comportement de nos interlocuteurs : il y a du numérique dans l’encaissement et le décaissement, dans la gestion de la position de change, etc. », énumère Emmanuel Rapin. 

Il ajoute que son poste est aussi corrélé aux facteurs macroéconomiques et géopolitiques. « Un tweet de Donald Trump ou la décision d’une banque centrale d’ouvrir la porte à l’écrasement des taux d’intérêt sont des événements auxquels nous devons nous adapter. Nous n’étions pas habitués à une telle variabilité dans la géopolitique, mais cela constitue un nouveau terrain de jeu pour nous », se réjouit-il.

Dans ce contexte, la posture même du trésorier a changé. Aux oubliettes, la caricature du solitaire le nez rivé sur les cours de matières premières ! 
Mode projet, travail d’équipe,

interactions avec l’interne et l’externe sont ses nouveaux maîtres mots. « Les recruteurs cherchent des bons communicants capables d’échanger avec tous les métiers de l’organisation, mais aussi avec des partenaires de type banques, investisseurs… » constate Jalale Fraygui.  

De son avis, la polyvalence de la fonction gagnerait à être valorisée pour renforcer 
l’attractivité du métier auprès des jeunes talents

.  « Etoffer les services trésorerie des entreprises contribuerait aussi à les rendre plus visibles car, malgré la complexification de la fonction, ce sont encore des équipes bien moins dimensionnées que celles des départements comptabilité ou contrôle de gestion », poursuit Aurélien Boucly.

Au vu du dernier baromètre de l’AFTE, qui dresse le profil type du trésorier en 2019 – un homme, dans 69 % des cas, âgé en moyenne de 46 ans – et détaille les compétences requises et la rémunération fixe – de 50.000 à 75.000 euros pour 31 % des répondants, de 75.000 à 100.000 euros pour 23 % -, il apparaît que la diversification des tâches et la montée en compétences ne constituent pas un frein, bien au contraire : 61 % des sondés projettent de rester dans la trésorerie, mais avec des responsabilités élargies.

Lire aussi :