Loiret : les salariés de Duralex inquiets quant à l’avenir de l’entreprise

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«Nous sommes plusieurs à penser que cela va se finir en liquidation judiciaire.» Parmi les salariés de Duralex – dont l’un d’eux a choisi de s’exprimer anonymement – l’inquiétude est grande. Pour cause, au mois d’octobre, les employés de la célèbre verrerie du Loiret ont reçu une note indiquant que le versement de leurs salaires serait effectué en deux fois.

Une situation inédite pour l’entreprise, qui n’augure rien de bon pour la suite, selon un employé ayant vingt ans d’ancienneté. «Plusieurs fournisseurs restent impayés depuis de nombreux mois. Nous sommes persuadés que la situation sera la même le mois prochain.»

“C’est révélateur d’une gestion névrotique de l’entreprise”

Même son de cloche du côté des syndicalistes. «Ce qui se passe est révélateur d’une gestion névrotique de l’entreprise, soupire Pascal Colichet, secrétaire CGT. La direction pense qu’on va avoir plein de contrats alors que la situation est très risquée.»

Selon le syndicaliste, la première moitié des salaires a été reçue le 28 octobre, et la deuxième le 31 octobre. Habituellement, Duralex paie le 28 du mois. «N’étant pas sûr de l’arrivée d’un versement de 200 000 euros d’un client le 29 octobre, nous avons préféré payer 50% des salaires avant, puis la deuxième moitié après avoir reçu le virement, explique François Marciano, le directeur exécutif de la verrerie. On a cru bien faire pour éviter des agios aux employés, ou des problèmes de paiement de loyer, mais on s’est trompé : cela leur a fait peur. C’était une connerie, on ne le refera plus. »

Toujours selon la direction, la deuxième moitié des salaires a été versée le 29 du mois, le délai de trois jours correspondant au traitement banquaire. Certains salariés craignaient notamment «de ne plus avoir assez d’argent pour venir au travail», en cas de prolongation de la situation.

“Duralex n’est pas non plus la petite usine du coin”

Selon la direction, ce paiement en deux fois n’est en rien significatif d’une mauvaise santé économique. «On est toujours à se bagarrer tous les mois pour vendre du verre car la concurrence est très forte. La trésorerie est tendue, c’est vrai. Sur douze mois, on est obligé de décaler les salaires sept ou huit fois entre le 26 et le 29, reconnaît François Marciano. Mais Duralex n’est pas non plus la petite usine du coin, notre stratégie économique est mise en place depuis longtemps. Cette situation ne se reproduira plus.»Depuis le rachat de l’entreprise en 2008, le climat d’inquiétude se fait régulièrement sentir à la Chapelle Saint-Mesmin. «Je suis arrivée à ce poste il y a trois ans. Tous les mois, j’entends les salariés craindre de ne pas être payés à la fin du mois», reprend le directeur. 

Ces craintes ont été exacerbées par la convocation au tribunal de commerce de Duralex, en juillet dernier, pour une «homologation de conciliation de plan», c’est-à-dire pour un accord de prêt d’un montant de 750.000 euros afin de pallier des difficultés financières.  Les syndicalistes avaient alors exercé un droit d’alerte et saisi un cabinet d’experts-comptables. Pour l’heure, celui-ci n’a pas encore rendu ses analyses.