L’OEACP prend des mesures pour atténuer les pertes causées par l’invasion de criquets pèlerins en Afrique de l’Est

L’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) est préoccupée par la présence persistante d’essaims de criquets pèlerins qui menacent la sécurité alimentaire dans au moins huit États membres en Afrique de l’Est.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a décrit cette situation comme la pire invasion de criquets pèlerins jamais enregistrée depuis 25 ans dans les pays les plus affectés, à savoir Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud et l’Ouganda. En février 2020, la Somalie a déclaré l’état d’urgence nationale face à cette infestation acridienne, et la situation devrait s’aggraver davantage pendant la saison des pluies actuelle. Selon le Centre pour les prévisions climatiques et leurs applications (ICPAC) de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la crise devrait se poursuivre jusqu’en fin mai 2020, période qui coïncide avec la principale saison de récolte dans de nombreux pays d’Afrique l’Est.

Le Groupe de travail FAO-ICPAC sur la sécurité alimentaire et la nutrition, qui est coprésidé par les deux institutions, a indiqué dans son Rapport spécial sur les criquets pèlerins que « Les zones les plus affectées sont actuellement confrontées à une crise ou à une insécurité alimentaire accentuée. Quelque 9,75 millions de personnes vivant dans les localités sinistrées par l’invasion de criquets pèlerins en Éthiopie, au Kenya et en Somalie souffrent actuellement ou souffriront, selon les prévisions, d’une crise alimentaire de phase 3, voire pire ». Cette résurgence intervient à la suite de plusieurs chocs consécutifs, dont des chocs climatiques (mauvaises saisons consécutives marquées par des sécheresses extrêmes ou des inondations généralisées), des conflits et des conditions macroéconomiques défavorables. Pour l’instant, on s’attend à ce que les criquets se reproduisent et menacent gravement la sécurité alimentaire en Tanzanie et à l’Ouest de l’Ouganda, tandis les essaims sont augmentation constante en Éthiopie, en Somalie et au Kenya. L’éclosion des oeufs de criquets se poursuit au Soudan.

Évoquant la gravité de la situation dans les pays touchés, le Secrétaire général de l’OEACP, S.E.M. Georges Rebelo Pinto Chikoti a déclaré : « La capacité de production agricole de nos États membres est déjà compromise actuellement par la pandémie du COVID-19. Nous collaborons avec les organisations partenaires et par l’intermédiaire de celles-ci pour stimuler la production alimentaire dans l’ensemble des chaînes de valeur, mais l’invasion de criquets aura indéniablement de graves conséquences sur les récoltes et les moyens de subsistance, et viendra aggraver des problématiques qui, dans certains cas, étaient déjà épineuses. »

Dans un communiqué officiel, l’IGAD / ICPAC a invité les États membres à soutenir les efforts en cours pour éradiquer l’infestation de criquets au moyen de la pulvérisation aérienne de pesticides afin de prévenir une crise régionale voire continentale, avec ses répercussions néfastes sur l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Une requête officielle a été adressée à la Commission de l’Union africaine (CUA), sollicitant un appui technique à tous les acteurs dans leurs efforts visant à mettre au point une méthodologie et des outils d’évaluation d’impact sur les criquets pèlerins. Cet appui technique facilitera une cartographie des structures et des mécanismes d’intervention appropriés pour remédier aux futures infestations d’acridiens dans la région et sur le continent. Un appel a également été lancé à la CUA afin qu’elle élabore une stratégie à mettre en oeuvre à l’échelle continentale pour à la fois anticiper et enrayer efficacement la propagation des invasions de criquets.

Afin d’éviter une situation de crise, le Secrétariat OEACP, dans le cadre du Programme ACP-UE de gestion des risques de catastrophes naturelles, collabore avec le partenaire régional ICPAC, l’Union européenne (UE) et le réseau des partenaires internationaux, pour faire en sorte que des mesures spéciales soient mises en place en vue de contribuer à atténuer les pertes attendues. Dans les prochaines semaines, ces efforts viseront à soutenir les initiatives que mènent actuellement les États membres de l’OEACP pour se préparer à la prochaine vague de criquets.

1Une crise de phase 3 survient lorsque les ménages ont : une consommation alimentaire insuffisante qui se traduit par une malnutrition aiguë grave ou inhabituelle, ou sont une minorité à pouvoir satisfaire leurs besoins alimentaires minimums et, le cas échéant, ne le font qu’au prix des avoirs relatifs à leurs moyens d’existence ou en recourant à des stratégies pour faire face aux crises.