Climat: la BEI renonce au financement des combustibles fossiles, une décision "historique"

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Bruxelles – La Banque européenne d'investissement (BEI) a annoncé jeudi qu'elle cesserait de financer de nouveaux projets liés aux combustibles fossiles, y compris le gaz, à partir de 2022, une décision bienvenue pour sa contribution à la lutte contre le changement climatique.

La décision est "historique", selon le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire."Un bond de géant", pour le président de la BEI, Werner Hoyer.

"Nous arrêterons de financer les combustibles fossiles et lancerons la stratégie d'investissement dans le climat la plus ambitieuse pour toutes les institutions financières publiques du monde.", a déclaré Hoyer, cité dans un communiqué.

La BEI, basée à Luxembourg, est la banque de l'Union européenne. Son conseil d'administration, composé de représentants des États membres et de la Commission européenne, a voté jeudi pour sa nouvelle politique d'investissement.

Dès le mois de juillet, la BEI avait préconisé de ne plus investir dans des projets liés aux combustibles fossiles, notamment au gaz, mais la décision du conseil d'administration a fait l'objet de débats intenses.

La discussion était "longueAu calendrier, le vice-président Andrew McDowell a reconnu lors d'une conférence téléphonique avec les journalistes, tandis que plusieurs ONG ont dénoncé l'hésitation entourant l'inclusion de projets gaziers, les combustibles fossiles les moins émetteurs de CO2.

La Commission européenne a souligné à plusieurs reprises le rôle du gaz dans la transition énergétique du continent. Elle a soutenu jeudi la nouvelle politique de la BEI, particulièrement satisfaite d'un "arrangement transitoire pour l'élimination progressive des projets gaziers, y compris des projets vitaux d'interconnexion et de stockage de gaz, appelés projets d'intérêt commun", at-elle expliqué dans un communiqué.

Outre l’annonce phare sur les combustibles fossiles, la BEI envisage deDébloquer"Jusqu'à 1 000 milliards d'euros d'investissement dans l'action climatique et le développement durable au cours de la prochaine décennie." Selon M. McDowell, chaque deuxième euro investi par la BEI d'ici 2025 sera consacré à des projets environnementaux.

– Banque climat –

La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait appelé à la transformation de la BEI en un "banque climatique".

"Cette décision confirme que l’UE acquiert des ressources financières à la hauteur de ses ambitions climatiques et doit créer une dynamique mondiale", a accueilli Bruno Le Maire, rappelant le soutien du président Emmanuel Macron à la mue de la BEI.

La France est mêmeprêt à augmenter sa participation au capital au service de cette ambition", at-il ajouté dans une interview au quotidien Les Échos.

La banque souhaite faire en sorte que sa politique d'investissement soit conforme aux engagements pris lors de la signature de l'accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Plusieurs ONG se sont également félicitées.

"La décision d'aujourd'hui est une victoire importante pour le mouvement pour le climat. Enfin, la plus grande banque publique du monde a réagi à la pression publique et a reconnu que le financement de tous les combustibles fossiles devait cesser", a réagi Colin Roche, les Amis de la Terre, en appelant toutes les autres banques, privées et publiques, à s’inspirer.

"C'est également un appel clair à tous les fonds de l'UE à faire de même et à exclure toutes les activités aggravant le changement climatique des opportunités de financement.a ajouté Markus Trilling de Climate Action Network.

Mais les organisations environnementales ont encore déploré une demande réputée tardive.

"Alors que la nouvelle politique signifie que l'UE cessera en grande partie de soutenir le charbon et le pétrole, le financement de projets tels que les pipelines jusqu'en 2021 et la modernisation des infrastructures de combustibles fossiles existantes après 2021 menacent les engagements de l'UE en matière de changement climatique.", a noté Greenpeace.


Selon Greenpeace et le WWF, 19 États membres, dont la France et l'Allemagne, ont soutenu la nouvelle politique. Le manque de flexibilité du gaz a refroidi plusieurs pays qui ont voté contre ou se sont abstenus. Et l'Autriche et le Luxembourg se sont abstenus pour protester contre l'inclusion de l'énergie nucléaire dans cette nouvelle politique, selon ces organisations.