Economie – NUCLÉAIRE : NE GASPILLONS PAS L’ARGENT DU CONTRIBUABLE POUR DE NOUVEAUX EPR

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Le débat sur l’avenir énergétique de la France cristallise autour de lui beaucoup de passions. Il est pourtant urgent de traiter la question de la manière la plus objective possible pour que la puissance publique prenne en la matière une décision éclairée.

Lorsque la priorité est à la réduction rapide de notre consommation d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), la question de l’énergie nucléaire pourrait paraitre hors de propos. Et pour cause, ne produisant que très peu d’émissions de CO2, l’énergie nucléaire n’est pas un souci pour le climat. Mais il l’est pour tout une autre série de raisons évidentes, du risque lié à un accident à l’inextricable gestion des déchets radioactifs, en passant par le coût des nouveaux réacteurs .

Car théorie ne vaut pas pratique. La faiblesse des émissions de CO2 des centrales nucléaires ne veut pas dire qu’investir aujourd’hui dans de nouveaux réacteurs nucléaires soit une bonne idée pour la transition écologique. Dans deux articles collectifs parus dans la revue Enerpresse, Alain Grandjean, économiste et président de la Fondation Nicolas Hulot s’attache à mettre en lumière la réalité économique du projet de construction de 6 nouveaux réacteurs nucléaires – plus précisément des EPR – en France.

Le projet a été dévoilé à l’été 2019. La direction d’EDF demande depuis au gouvernement français d’envisager ce scenario qui doit permettre de maintenir une part importante de nucléaire dans le mix énergétique français par-delà l’inéluctable fermeture des réacteurs actuels

Ces articles économiques passent en revue plusieurs scénarios afin d’établir le coût, pour le consommateur et pour l’Etat de deux stratégies différentes : un avenir avec ou sans nucléaire.

Ici, nous résumons à grand trait quelques leçons tirées de ces travaux :

L’électricité produite à partir des énergies renouvelables est devenue, en quelques années seulement, moins chère que celle que pourrait produire de nouveaux EPR. Et son coût continuera à baisser. Ainsi en tenant compte des surcoûts de gestion de renforcement de réseau, le coût de revient de l’électricité renouvelable sera, à horizon 2035, de l’ordre de 70 à 80 euros le MWh. Pour l’EPR de Flamanville (si le retard ne s’aggrave pas), il est aujourd’hui de 154 euros le MWh. On voit mal comment il pourrait baisser à 80, les EPR envisagés se faisant sur la même architecture. L’écart de coût sera donc en faveur des EnR.
Les principaux inconvénients du développement des énergies renouvelables semblent largement surmontables : le coût de l’adaptation du réseau a un impact limité sur le coût final de l’électricité ; les technologies de stockage de l’énergie (le vent et le soleil ne sont pas constants) ont largement le temps d’être améliorées et déployées avant que le sujet ne devienne critique ; les nouvelles consommations d’électricité (voiture électrique ou production d’hydrogène) pèsent peu sur les pics de consommation et peuvent même, pour les batteries de voitures, servir d’électricité de secours et de lissage de la demande.
Le coût de la construction de nouveaux EPR serait beaucoup plus important pour l’Etat que l’atteinte d’un scenario proche de 100% d’énergies renouvelables. En effet, les EPR nécessitent un très fort financement public – le gouvernement envisage de nationaliser le nucléaire avec le projet Hercule – et des subventions publiques conséquentes pour combler l’écart entre le coût et le prix de marché du kWh. Au contraire, les énergies renouvelables reposent de plus en plus sur de l’investissement privé et demandent de moins en moins de subventions.

En conclusion, il serait absolument aberrant d’un point de vue économique de s’engager dans la construction de nouveaux EPR. Surtout, au regard du besoin d’investissement public que représenterait ce choix, il serait largement plus judicieux d’investir là où les besoins sont évidents et identifiés : la rénovation des logements en tête et en général la baisse de consommation d’énergie dans les logements et les industries.

Pour aller plus loin, retrouvez les deux articles co-signés par Alain Grandjean

Peut-on se passer en France d’énergie nucléaire ? par Alain Grandjean, François Lempérière et Cédric Philibert. Enerpresse. N°12491 – Jeudi 16 janvier 2020 – 49e année
La montée en puissance des énergies renouvelables électriques ne nous mettra pas sur la paille, bien au contraire par Alain Grandjean, Philippe Quirion, Directeur de recherche au CNRS, CIRED, Behrang Shirizadeh, Doctorant au CIRED Enerpresse. N°12498 – Lundi 27 janvier 2020 – 49e année