« Virginia » d’Emmanuelle Favier, naissance d’une œuvre

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• Virginia, d’Emmanuelle Favier, Albin Michel, 300 p., 19,90 €

De Virginia Woolf, nous tendons à penser que nous connaissons l’essentiel. L’œuvre intimiste, éminemment descriptive ; l’appartenance à la famille intellectuelle Bloomsbury ; le deuil de sa mère, qui ouvrit la béance dans laquelle s’engouffrèrent le froid, le vide, l’angoisse, tout ce qui constitua la personnalité future de l’écrivaine ; les attirances homosexuelles et la relation sulfureuse à la romancière Vita Sackville-West…

Ce Virginia tout neuf vaut pourtant d’être lu. Fidèle à la vision introspective du monde de la future Mrs Woolf, il retrace, année après année, la formation intellectuelle, sensitive, affective de la jeune Adeline Virginia Stephen.

« Des îlots de solitude »

L’univers de la petite fille se limite à sa famille entre Londres et les Cornouailles. Une forme d’ennui lié à la monotonie des jours et de solitude en dépit de l’incessant brouhaha de la ruche familiale conduit les pas de l’enfant vers la somptueuse bibliothèque paternelle. Elle couche ses premières phrases, relate les tribulations quotidiennes de la tribu Stephen, calligraphiées et illustrées par sa sœur Vanessa, future peintre d’avant-garde.

Des livres dans la valise, « Vanessa et Virginia » de Susan Sellers

Comme le note l’auteure : « Contrairement aux Brontë, les Stephen n’élaborent pas de récit collectif (…) Les enfants Stephen sont des îlots de solitude pris ensemble dans la nasse victorienne. »

Une jeunesse avide de nouvelles expériences

Pas à pas, Emmanuelle Favier, dont le premier roman, Le courage qu’il faut aux rivières, avait été remarqué, entraîne dans l’univers mental de Virginia. Lorsque s’achève ce livre, Virginia a vingt-deux ans. Le décès du père a libéré la fratrie, l’austère Hyde Park Gate est vendue au profit d’une propriété située dans le quartier de Bloomsbury.

Là, une jeunesse avide de nouvelles expériences défile dans les salons. Thoby peut y recevoir ses amis. Parmi eux, ce jeune juif au visage long, dépourvu de fortune, mais riche d’une intelligence d’esprit et de cœur, Leonard Woolf. Une autre histoire va pouvoir s’écrire.