Dans la prison d'Argentan, une femme gardien de prison sous l'emprise d'un prisonnier

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L'amour l'aurait-elle rendue aveugle? Jugé le lundi 2 décembre lors d'une comparution immédiate devant le tribunal pénal d'Argentan (Orne), un surveillant de prison a été condamné à six mois de prison pour "remise illégale d'objets à un détenu".

La mère, âgée de 41 ans, a été reconnue coupable d'avoir apporté cinq téléphones portables et trois cartes SIM au centre de détention d'Argentan pour un Algérien âgé de 37 ans. Déjà incarcéré pour viol et violence, il a été condamné à deux ans de prison pour avoir été incarcéré. C’est l’épilogue d’une histoire d’amour ou d’une terrible emprise psychologique, qui varie selon le point de vue, qui a duré trois mois, de septembre à fin novembre.

"Le 13 septembre, il m'a dit qu'il m'aimait"

Depuis 2017, Audrey a passé ses journées à quelques mètres de Mohamed, derrière les hauts murs de la prison. Elle surveillait l'accès à l'espace socioculturel. Détenu "auxiliaire", statut privilégié, le tenait au salon de coiffure. C'est dans cette relative intimité, souvent cachée, que commence leur relation.

Au début, Mohamed aurait bavardé avec cette jolie blonde "intelligente et gaie", surveillante de la prison depuis quinze ans. "En juillet dernier, ils étaient encore en vie", note l'avocat d'Audrey. Au retour des vacances d'été, Mohamed passe à l'action. "Il m'a dit qu'il m'avait manqué", a déclaré Audrey lors de l'audience de lundi. Il était prévenant, gentil … Le 13 septembre, il m'a dit qu'il m'aimait. "Le prisonnier est-il sincère ou manipulateur? En tout cas, sa déclaration est un succès.

"Mon client a alors pensé qu'elle tombait amoureuse de lui", dit son avocat. Mohamed a peu à peu une influence croissante sur sa vie quotidienne. Il lui demande d'abord d'abandonner sa teinture blonde. Audrey court et reprend sa couleur marron. Même obéissance quand l'homme lui interdit d'embrasser ses collègues masculins ou de faire du jogging à l'heure du déjeuner. Selon une source judiciaire, le détenu ne serait pas identifié comme étant radicalisé. "Sa vision de la religion musulmane peut être plus proche de celle défendue par l'Islam radical", avance prudemment cette même source.

Télécommande guidée par un casque

Mohamed a maintenant pris le contrôle permanent d'Audrey. En dehors de ses heures de travail, la surveillante de la prison porte un casque téléphonique connecté à son téléphone, jour et nuit. Le détenu, lui-même équipé d'un téléphone portable, le guide à distance pour rencontrer certains de ses contacts, retire de l'argent et achète des téléphones qu'il revend ensuite dans la prison.

À sa demande, la mère se rend au moins deux fois en région parisienne. Une première fois à Argenteuil (Val-d'Oise) pour se convertir à l'islam. Une seconde pour donner une somme de 4000 euros à un Mohamed familier. "Hébétée et privée de sommeil régulier", selon son avocat, Audrey quitte le domicile familial et commence un processus de divorce à partir de la mi-novembre.

À la fin du mois de novembre, lors d’une fouille de sa cellule, Mohamed est confus. Son téléphone personnel et ses innombrables appels à Audrey sont découverts. En garde à vue samedi 30 novembre, le superviseur est enfin relevé de son casque. Elle trouve ensuite un peu de lucidité. Mais trop tard.